La capitale de son propre coin de Crète
Se demander si Rethymno mérite une étape à part, ou si ce n’est que la ville que l’on traverse entre Chania et Heraklion, c’est se poser la mauvaise question. Rethymno n’est pas une simple halte : c’est la capitale de sa propre unité régionale, l’une des quatre qui divisent la Crète d’ouest en est, et sa vieille ville porte un mélange d’architecture vénitienne et ottomane que ni l’une ni l’autre de ses voisines plus grandes ne reproduit vraiment.
Derrière elle, la ville sert aussi de base naturelle à une série de courtes excursions vers l’intérieur des terres : le monastère d’ Arkadi, les ateliers de poterie de Margarites, et les villages de piémont menant vers Anogia sous le mont Psiloritis. Rien de tout cela ne se voit depuis la vitre d’une voiture sur la route côtière. Il faut le parcourir à pied, ou s’y rendre exprès.
Cette page présente Rethymno pour ce qu’elle est sur la carte : la plus centrale des trois vieilles villes de la côte nord bien reliée de la Crète, avec son caractère propre, sa courte liste de sites voisins, et ses propres limites. Ce n’est pas une station balnéaire avec une plage au pied de l’hôtel, et ce n’est pas une base d’où toute l’île se visite en une journée. Ces deux affirmations circulent en ligne à son sujet, et toutes deux sont fausses.
Une vieille ville aux strates vénitiennes et ottomanes, pas une seule
Le port de Chania se lit comme presque entièrement vénitien d’un bout à l’autre — un phare, des arsenaux, un front de mer construit par une puissance et à peine retouché par la suivante. La vieille ville de Rethymno raconte une histoire plus longue. Les Vénitiens ont bâti le noyau entre le XIIIe et le XVIIe siècle : ruelles étroites, portails de pierre, la petite fontaine Rimondi, et la Fortezza, la forteresse qui domine encore la ville au lieu de n’en être qu’un vestige. Quand les Ottomans ont pris Rethymno en 1646, plus de deux décennies avant de prendre enfin Candie (Heraklion), ils ont construit par-dessus ce noyau au lieu de le remplacer.
Des minarets s’élèvent au-dessus des rues vénitiennes, des balcons de bois de l’époque ottomane appelés sachnisia surplombent les ruelles étroites, et des mosquées converties depuis d’anciennes églises côtoient des loggias vénitiennes à quelques portes de là. Une courte promenade décrite dans le guide de la vieille ville de Rethymno détaille ces strates rue par rue ; le guide de la Fortezza fait de même pour la forteresse elle-même, assez vaste — et assez à ciel ouvert — pour mériter sa propre visite plutôt qu’un rapide passage.
Ce double caractère est la véritable singularité de Rethymno face à Chania et Heraklion, plus que de plus belles photos ou un port plus calme. Heraklion est une capitale active dont Knossos est l’attraction phare ; Chania est presque purement vénitienne dans son vieux quartier. Rethymno se situe entre les deux, à la fois géographiquement et architecturalement, et une page comparant les trois directement — Chania vs Rethymno vs Heraklion — vaut la peine d’être lue avant de choisir où baser son séjour.
Sur l’axe côtier, pas à l’écart
Un point pratique en faveur de Rethymno : elle se trouve directement sur la VOAK / E75, l’autoroute qui parcourt toute la côte nord de la Crète, et c’est l’un des arrêts bien et souvent desservis par le réseau de cars KTEL. Des cars relient Rethymno à Chania, Heraklion et, avec un changement, Agios Nikolaos, plusieurs fois par jour en saison.
Cela fait de Rethymno l’une des villes de l’île les plus faciles à rejoindre et à quitter sans voiture de location — une véritable exception à la règle générale en Crète, où la voiture reste le choix pratique par défaut partout au sud des montagnes. Le guide des cars KTEL détaille les lignes et les fréquences, et le guide de la conduite en Crète couvre l’alternative pour ceux qui prévoient d’explorer au-delà de la route côtière, là où le réseau de bus s’amenuise rapidement.
Cette connectivité de la côte nord explique aussi pourquoi Rethymno fonctionne bien comme une étape d’un itinéraire plus long à plusieurs bases plutôt que comme un camp fixe unique. Un itinéraire comme la Crète en 7 jours, d’ouest en est utilise Rethymno comme point médian naturel entre une base à Chania et une base à Heraklion ou Agios Nikolaos, et un itinéraire plus court de 2 jours à Rethymno suffit pour couvrir la vieille ville et une excursion à l’intérieur des terres sans précipitation.
À portée facile : Arkadi, Margarites et les contreforts du Psiloritis
Les courtes excursions qui font de Rethymno une étape à part entière, et pas seulement une vieille ville photogénique, sont toutes situées à l’intérieur des terres et toutes accessibles en bien moins d’une heure en voiture.
Le monastère d’Arkadi, à environ 25 minutes au sud-est de la ville, est l’un des sites les plus visités de Crète pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le paysage. En 1866, pendant un soulèvement crétois contre la domination ottomane, les défenseurs et les réfugiés abrités à l’intérieur choisirent de faire sauter leur propre poudrière plutôt que de se rendre, tuant des centaines de personnes des deux côtés.
Il reste aujourd’hui un monastère en activité, avec le code vestimentaire que cela implique — épaules et genoux couverts — et il est traité en Crète moins comme une attraction touristique que comme un mémorial national. Le guide du monastère d’Arkadi couvre en détail la visite et l’histoire.
Margarites, encore 15 minutes plus loin, est un village de coteau qui fabrique de la poterie depuis des siècles, en utilisant l’argile locale et, dans certains ateliers, des techniques transmises de génération en génération au sein des mêmes familles. C’est une étape plus tranquille qu’Arkadi — un village à flâner plutôt qu’un site à visiter — et elle s’associe naturellement au monastère lors d’une même demi-journée.
Plus loin et plus haut, la route grimpe vers Anogia, un village de montagne sous le versant nord du mont Psiloritis, point culminant de la Crète à 2 456 mètres. Anogia porte sa propre histoire difficile de la Seconde Guerre mondiale, évoquée dans le récit de la bataille de Crète, et se trouve à une réelle altitude — la neige persiste sur les versants supérieurs du Psiloritis jusqu’en mai ou juin la plupart des années, bien après que la côte est passée en mode plage.
Le village est aussi la zone de départ des randonneurs qui se dirigent vers le sommet lui-même ; le guide de l’ascension du Psiloritis détaille l’itinéraire, la saison et ce que l’ascension exige réellement. Rien de tout cela n’est un complément anodin à un après-midi de plage — c’est un basculement de la Crète côtière vers la Crète montagneuse en moins d’une heure de route, ce qui fait précisément de Rethymno une base utile et non une simple jolie étape.
| Excursion | Distance depuis Rethymno | De quoi il s’agit |
|---|---|---|
| Monastère d’Arkadi | Environ 25 min en voiture | Mémorial du siège de 1866, monastère en activité |
| Margarites | Environ 40 min en voiture | Village de potiers, cadre de coteau |
| Anogia | Environ 1 heure en voiture | Village de montagne sous le Psiloritis |
| Départs vers le sommet du Psiloritis | 1 à 1,5 heure en voiture | Randonnée en haute altitude, neige jusqu’en mai/juin |
La question de la plage, sans détour
Rethymno possède bien une plage en ville — une longue étendue de sable adossée à la ville nouvelle — et c’est une véritable plage urbaine utilisable. Ce qu’elle n’est pas, c’est une crique de villégiature avec des transats s’étendant directement de la terrasse d’un hôtel jusqu’à une eau turquoise. Cette image se trouve un peu plus loin sur la côte, à Panormos vers l’est ou, plus loin encore, à Plakias sur la mer de Libye au sud, toutes deux à moins d’une heure de route.
Qui choisit Rethymno spécifiquement pour une plage de style resort au pied de l’hôtel se trompe de ville ; qui la choisit pour une vieille ville piétonne avec une plage urbaine fonctionnelle et des villages balnéaires à courte distance a la bonne idée. Le même écart d’attentes se retrouve à propos de Hersonissos, Malia et Stalida plus à l’est, véritablement bâties autour du modèle de villégiature que Rethymno n’est pas.
Rethymno comme une base parmi d’autres, pas l’unique base
La limite la plus nette de Rethymno comme base est la distance. Elle se trouve au centre de la côte nord, ce qui la place bien pour sa propre région et pour de courtes escapades vers Chania et Heraklion, mais les extrémités de l’île restent fermement hors de portée d’une excursion d’une journée. Le sud-ouest — les gorges de Samaria, Loutro, Elafonissi — appartient au versant de Chania et représente une longue journée depuis Rethymno, même avant de compter les routes de montagne.
L’est — Agios Nikolaos, Elounda et Spinalonga, Sitia et Vai — est à plus d’une heure et demie au-delà d’Heraklion. Un voyageur qui installe une base unique à Rethymno pour un séjour de dix jours et espère atteindre confortablement les deux extrémités de l’île chaque jour passera plus de temps sur l’autoroute qu’en des lieux qui en valent la peine.
Le guide de planification d’itinéraire combien de jours en Crète explique pourquoi répartir un long séjour sur deux ou trois bases — Chania ou Rethymno à l’ouest, Heraklion ou Agios Nikolaos à l’est — fonctionne mieux que de traiter une seule ville, Rethymno comprise, comme un point d’ancrage unique pour toute l’île.
Réserver une journée d’excursion depuis Rethymno
Pour les visiteurs qui préfèrent ne pas conduire eux-mêmes chaque excursion, quelques options organisées partent directement de Rethymno et couvrent le terrain décrit ci-dessus sans les contraintes du stationnement, du carburant ou de la navigation sur des routes de montagne inconnues.
Un itinéraire de marche et de dégustation à travers vergers et villages au-dessus de la côte est proposé par la Rethymno Flower Adventure à travers la campagne, une alternative au rythme plus lent qu’une journée de conduite pour les voyageurs qui souhaitent découvrir les paysages de l’intérieur à pied. Ceux qui préfèrent les contreforts du Psiloritis avec un guide plutôt qu’une voiture de location peuvent rejoindre la journée privée de trekking dans les gorges de Patsos depuis Rethymno, qui atteint une gorge de montagne ombragée sans avoir à conduire.
Pour les deux gorges dont la plupart des visiteurs parlent par leur nom, il y a la randonnée dans les gorges d’Imbros organisée depuis Rethymno, une alternative plus courte et moins fréquentée à Samaria pour les jours où l’horaire de la grande gorge ne convient pas. Et pour une seule journée qui va jusqu’au palais minoen et au plateau du Lasithi, la journée complète Knossos et plateau du Lasithi depuis Rethymno couvre un terrain qui demanderait sinon une voiture de location et une très longue journée pour tout relier.
Vieille ville de Rethymno : questions fréquentes
Rethymno mérite-t-elle une étape séparée, ou peut-on la voir en passant entre Chania et Heraklion ?
Elle mérite une étape à part entière. La vieille ville demande une journée complète pour être vue correctement, et c’est aussi la base pour Arkadi, Margarites et les contreforts du Psiloritis, rien de tout cela ne tenant dans un après-midi de passage.
En quoi la vieille ville de Rethymno diffère-t-elle de celle de Chania ?
Le port de Chania paraît presque entièrement vénitien. Rethymno superpose un vaste quartier ottoman, des minarets et des balcons de bois de l’époque turque sur son noyau vénitien, ainsi que la Fortezza, une forteresse qui domine encore la silhouette de la ville au lieu de n’être qu’une ruine au bord de l’eau.
Peut-on rejoindre Rethymno en bus depuis Chania ou Heraklion ?
Oui. La ligne côtière du KTEL suit l’autoroute VOAK / E75 et relie Chania, Rethymno, Heraklion et Agios Nikolaos par des liaisons quotidiennes fréquentes, ce qui fait de Rethymno la ville la plus facile d’accès de la côte nord sans voiture.
Y a-t-il une bonne plage directement dans la ville de Rethymno ?
Il existe une longue plage de sable en ville, mais c’est une étendue urbaine ouverte, adossée à la ville nouvelle, et non une crique de villégiature. Pour le genre de baie protégée ou de club de plage organisé que beaucoup imaginent, il faut se rendre à Panormos ou à Plakias.
Dans quel fuseau horaire se trouve Rethymno ?
Heure d’Europe de l’Est, UTC+2 en hiver et UTC+3 en été. C’est une heure de plus qu’à Paris, Berlin ou Rome, donc les horaires d’ouverture et de ferry donnés en heure d’Europe centrale doivent être décalés d’une heure.
Peut-on visiter la côte sud ou Agios Nikolaos en excursion d’une journée depuis Rethymno ?
En partie seulement. Plakias et la côte libyenne au sud du massif du Psiloritis sont accessibles en environ une heure, mais Agios Nikolaos et l’est sont à bien plus d’une heure et demie, et les gorges de Samaria sont plus proches de Chania que de Rethymno.
Rethymno est-elle une bonne base unique pour explorer toute la Crète ?
Aucune ville n’est une base unique idéale. Rethymno couvre bien sa propre région et les montagnes derrière elle, mais l’extrême ouest (Balos, Elafonissi) et l’extrême est (Sitia, Vai) se trouvent chacun à deux ou trois heures, ce qui plaide pour répartir un long séjour sur deux ou trois bases.
Quelle est la meilleure période pour visiter la vieille ville de Rethymno ?
Fin avril à juin et septembre à mi-octobre offrent un temps chaud sans la foule et la chaleur de juillet-août, et les contreforts du Psiloritis ainsi que les gorges voisines sont pleinement ouverts, contrairement à l’hiver.


